Amy Porath

Petit, persistant et impossible à ignorer : CMHO 2026

Par : Amy Porath


J’ai passé la plus grande partie de ma carrière à chercher des réponses dans les données, la recherche et les expériences vécues des jeunes et des familles. J’aime la clarté qu’elles apportent dans un système qui peut souvent sembler complexe.

À l’Institut du savoir, nous transformons ces savoirs en outils et en ressources qui contribuent à renforcer les services et à soutenir le changement dans l’ensemble du secteur. Je fais ce travail depuis assez longtemps pour savoir qu’une seule ressource ne changera pas la vie d’un.e jeune. Elle peut soutenir le travail, mais ce sont les gens qui lui donnent vie.

La semaine dernière, j’étais à Toronto pour la conférence de la CMHO. Le thème, Interwoven, décrivait bien le casse-tête que peut représenter notre secteur. Nous avons tous une pièce différente. Et lorsque nous nous réunissons, l’objectif n’est pas seulement d’en parler. C’est de commencer à les assembler, pour que les jeunes et les familles n’aient pas à le faire seuls.

Et cela exige de l’honnêteté sur ce qui ne fonctionne pas encore.

Cindy Blackstock a ouvert la première journée avec une conférence qui m’est restée en tête. Pas seulement pour ce qu’elle a dit, mais pour ce que cela nous demandait.

Parce que donner le même service à chaque jeune a peu de sens si cela ne fonctionne pas dans leur réalité, dans leurs circonstances réelles. L’égalité n’est pas la même chose que l’efficacité.

Elle a décrit son approche de la défense des droits des enfants et des jeunes des Premières Nations comme une « stratégie moustique ». Créer le buzz (porter un message contagieux), bâtir un essaim (mobiliser les autres), éviter le coup de tapette (utiliser plusieurs approches) et mordre (avoir une cible claire). Étant une passionnée de jardinage vivant en milieu rural près d’Ottawa, cette métaphore m’a parlé. Les moustiques sont petits, persistants et impossibles à ignorer.

Dans mon domaine, on parle de mobilisation des savoirs comme d’un processus collaboratif. Cindy m’a rappelé que c’est aussi un acte de persistance. Trouver ce qui manque. Travailler ensemble pour les combler. Être présent. Et se faire entendre.

Cette idée a traversé le reste de la conférence.

Dans les discussions sur l’engagement significatif des jeunes, non pas simplement les inviter dans la salle, mais concevoir les systèmes avec eux.

Dans les discussions sur le fait que les familles sont encore trop souvent laissées à naviguer les services seules.

Et dans la reconnaissance que les jeunes évoluent entre plusieurs systèmes (éducation, santé, protection de l’enfance), que ces systèmes soient connectés ou non.

Puis j’ai rencontré Marmite, un chien de thérapie terre-neuvien. Essentiellement une immense boule de douceur. Le poids de ces conversations peut être lourd, et parfois, il faut un endroit pour le déposer. Je voyage souvent pour le travail et mon propre chien, Maple, me manque toujours quand je suis loin. Passer quelques minutes avec Marmite a été exactement la pause dont j’avais besoin sans le savoir. Un petit moment, mais que j’ai apprécié plus que prévu.

Amy and Marmite, the therapy dog

Le deuxième jour, un panel de leaders du système a dépassé les réponses convenues. La conversation s’est tournée vers ce qu’il faudrait pour bâtir un système qui fonctionne. Utiliser les données pour guider les décisions, concevoir des services plus simples à naviguer et agir en amont pour ne pas toujours intervenir en situation de crise.

Un message clair a aussi émergé sur l’expertise vécue et actuelle. Pas comme une case à cocher ni comme une courtoisie, mais comme quelque chose qui devrait façonner la conception des soins dès le départ. Et la reconnaissance qu’aucune approche unique ne fonctionnera partout. Le système doit être assez flexible pour s’adapter aux différentes communautés et réalités.

J’ai vu cela en action avec le Centre de santé communautaire TAIBU, qui utilise un modèle afrocentrique pour renforcer la santé mentale des jeunes Noirs. Ils reçoivent du soutien dans le cadre de notre programme d’initiatives d’innovation, et voir leur travail reconnu a été un moment de bouclage de boucle.

Je suis repartie de Toronto avec la bonne sorte de fatigue.

Mon travail peut parfois sembler abstrait. On rassemble des gens, on étudie la recherche, on développe des ressources, puis on les diffuse en espérant qu’elles trouvent leur place là où elles sont nécessaires.

À la conférence CMHO, j’ai entendu directement des partenaires que notre travail influence le leur. Qu’il les aide dans leurs pratiques et qu’il compte.

C’est ce qui me motive. C’est aussi un rappel du chemin parcouru par notre secteur. Le travail demeure complexe, mais il existe une volonté partagée de continuer à se présenter, à continuer de pousser et à combler les écarts que nous savons encore présents.

Parce qu’il y a encore des gens prêts à être le moustique.

Petit, persistant et impossible à ignorer.