
Poppy DesClouds connaît la discipline depuis aussi longtemps qu’elle se souvienne. Elle a commencé le ballet à deux ans et demi et le violon à trois ans. La performance a été au cœur de son enfance.
Mais comme beaucoup de personnes qui grandissent dans des milieux exigeants, elle a fini par remarquer un décalage.
On peut être profondément engagé.e envers ce qu’on aime et quand même frapper un mur. Parfois, quelque chose bascule : ce qui était source de joie devient soudainement lourd, effrayant ou hors de portée.
« Peu importe qu’il s’agisse d’un.e skieur.euse, d’un.e danseur.euse ou d’un.e chirurgien.ne, dit-elle. Ce qui importait, c’était de comprendre la personne derrière la performance. »
Cette prise de conscience l’a menée vers son travail en performance mentale.
Aujourd’hui, Poppy est gestionnaire de la recherche et des normes à l’Institut du savoir. Elle travaille également comme consultante en performance mentale certifiée® pour soutenir les athlètes en sport de haut niveau. Mais sa perspective s’étend au-delà du sport. C’est une question de personnes : comment la pression peut nous stimuler, nous faire échouer, nous éloigner de ce qui compte, et ce qu’il faut pour aider une personne à passer au travers.
Nous avons discuté avec Poppy de la façon dont la pression fonctionne vraiment, des raisons pour lesquelles elle passe souvent inaperçue jusqu’à ce qu’elle devienne un problème et de ce que les environnements performants peuvent nous enseigner.
Lorsque les gens parlent de « force mentale », ils veulent généralement dire qu’ils doivent réussir malgré l’adversité.
Là où nous faisons fausse route, c’est en supposant que la force exige d’agir rapidement, peu importe le coût, et sans émotion.
La force est maintenant associée au stoïcisme, c’est-à-dire au fait d’agir avec indifférence. Mais la résilience ne fonctionne pas de cette façon. Surmonter quelque chose peut prendre du temps. Cela peut être accompagné d’une gamme d’émotions. Parfois, la persévérance n’est pas l’option la plus sûre ou la meilleure.
Nous vénérons vraiment la force, mais nous ne parlons pas toujours de ce qu’elle pourrait dissimuler.
La résilience consiste à comprendre vos zones de confort, vos défis et vos limites, et à reconnaître quand chacun a sa place. Il ne s’agit pas de ne rien sentir. Il s’agit d’être ouvert au défi, de rester à l’écoute de votre expérience et de faire des choix éclairés quant à la façon de réagir.
Souvent, on ne reconnaît pas la pression tant qu’elle ne cause pas de problèmes.
La pression peut en fait être utile. Elle peut accentuer la concentration. Elle peut stimuler la croissance. Nous avons tendance à ne pas reconnaître cet aspect. On ne parle de pression que lorsqu’elle cesse de nous servir.
À ce moment-là, elle semble souvent accablante plutôt que motivante.
Lorsque la pression n’est pas bien soutenue, elle peut l’emporter sur la passion et la conscience de soi. Les gens perdent le lien avec ce qu’ils font et la raison pour laquelle ils le font, et c’est souvent à ce moment-là que les répercussions négatives de la pression commencent à se manifester. Non seulement parce que le travail est difficile, mais aussi parce qu’on en perd le sens.
On ne peut pas pousser sans soutenir.
Le repos et le rétablissement ne sont pas facultatifs; ils font partie du programme de rendement. Lorsque la pression augmente, le rétablissement est habituellement la première chose que les gens coupent. Mais sans rétablissement, le rendement finit par s’effondrer.
Il y a un principe sur lequel je reviens : les grands défis doivent être assortis d’un grand soutien. C’est une combinaison qui renforce la résilience réelle. Le défi doit augmenter de façon réfléchie et graduelle parallèlement à l’acquisition de compétences. Sinon, c’est comme si on jetait une personne dans l’océan en lui disant d’apprendre à nager.
Un grand défi accompagné d’un faible soutien peut entraîner du stress et un épuisement professionnel. À l’opposé, un grand soutien pour un défi mineur peut limiter la croissance.
Le soutien doit augmenter à mesure que la pression augmente. Sans lui, la pression ne consolide pas la force, elle crée de la tension.
Le sens compte aussi. Lorsqu’une personne comprend son « pourquoi », le travail sous pression semble différent. Il devient plus supportable.
Tout est interconnecté.
Lorsque vous parlez de rendement à une personne, vous parlez aussi de la vie personnelle, de l’école, des relations et de tous les facteurs qui déterminent si la personne sera à la hauteur.
Les personnes très performantes n’existent pas en vase clos. Leur environnement est important. Leurs soutiens sont importants. Leurs facteurs de stress sont importants. Chaque partie de leur vie a une influence sur leur rendement.
Les jeunes ne font pas exception. Ils ne vivent pas leur vie en vase clos. Ce qui se passe à l’école a une incidence sur ce qui se passe à la maison et sur la façon dont les enfants répondent aux soins.
Il est essentiel d’avoir un point de vue global de la personne. Si on se concentre sur un seul élément, on passe à côté de ce qui se passe vraiment.
Oui, mais peut-être pas comme les gens s’y attendent.
Les gens me demandent souvent quels sports je ne laisserai pas mes enfants pratiquer. Pour moi, il s’agit moins de l’activité que des compétences.
Je veux incarner le fait de respecter les règles, de chercher du soutien, d’exprimer ses sentiments et d’apprendre à les gérer et d’affronter les difficultés avec curiosité. Pour moi, ces compétences sont plus importantes que l’activité particulière.
Dans le domaine du sport en particulier, ce n’est pas l’intensité qui motive les enfants, c’est le soutien. Lorsque les jeunes sentent qu’ils sont libres d’explorer, de faire des erreurs et de s’ouvrir sans être jugés, ils sont plus susceptibles de rester proches de ce qui leur tient à cœur.
Cela m’a permis de mieux comprendre comment je réagis à la pression.
Il est toujours plus facile d’enseigner une compétence que de la mettre en pratique. Il y a des moments où je me surprends à penser : « Tu viens de dire à quelqu’un que le repos est important, peut-être devrais-tu aussi suivre ce conseil. »
Au fil du temps, ma relation à la pression a évolué. Autrefois, je ne la remarquais que lorsqu’elle devenait étouffante. Maintenant, je suis en mesure de l’accueillir davantage. Je peux me rappeler que j’ai du soutien et que je peux toujours essayer de nouveau.
Et rien de tout cela ne se fait du jour au lendemain. Le changement prend du temps.